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Du cadre national à l’action locale : accompagner la transformation de la gestion des déchets au Cameroun
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À travers le Projet Plateforme urbaine au Cameroun (PUC), financé par l’Union européenne, Expertise France a accompagné les autorités camerounaises dans la définition de la Politique et de la Stratégie nationales en faveur de l’hygiène, de la salubrité et de la gestion des déchets ménagers solides et assimilés non dangereux (DMSAND). De l’élaboration d’un cadre stratégique national au renforcement des compétences des collectivités et à l’expérimentation de solutions dans la Commune d’arrondissement de Yaoundé 5ème, cet accompagnement articule gouvernance, renforcement des capacités locales et mobilisation multi-acteurs.
La gestion des déchets urbains constitue aujourd’hui un enjeu majeur pour les villes camerounaises, comme l’a mis en évidence en mars 2025 le #PoubelleChallenge, un mouvement né sur les réseaux sociaux à travers lequel des habitants, artistes et personnalités se sont photographiés ou filmés devant des amas d’ordures à Yaoundé et Douala pour dénoncer les défaillances du ramassage.
Cette dynamique avait été engagée dès 2024 au sein de la Plateforme des acteurs de l’urbain, espace de concertation multi-acteurs animé par le Projet PUC. Lors de sa deuxième réunion, consacrée à la gestion des déchets, les participants avaient formulé plusieurs recommandations et choisi d’en faire un thème prioritaire pour orienter une partie des activités du Projet en 2025.
Les États généraux sur la gestion des ressources en déchets urbains, organisés les 6 et 7 mai 2025 à Yaoundé, ont marqué une nouvelle étape en affirmant un changement de paradigme : les déchets ne doivent plus seulement être considérés comme une nuisance à éliminer, mais comme une ressource pouvant contribuer à l’économie circulaire, à la création de richesses et à l’emploi.
La feuille de route adoptée à cette occasion fixe notamment l’objectif d’atteindre 100 % de collecte des déchets ménagers et assimilés et 25 % de valorisation à l’horizon 2035. Elle vise également à porter la part de l’économie circulaire à 2 % du PIB en 2030 et à créer 10 000 emplois urbains dans les activités de valorisation.
L’accompagnement d’Expertise France a abouti à la remise officielle le vendredi 18 septembre à Mme Célestine KETCHA COURTES, ministre de l’Habitat et du Développement Urbain de la Politique et de la Stratégie nationales élaborées sous le leadership de son département ministériel, en présence de Son Excellence M. Joseph Dion Ngute, Premier ministre et de M. Jérémie Pellet, directeur général d’Expertise France.
Construire un cadre stratégique pour accompagner la feuille de route
En mai 2024, le ministère de l’Habitat et du Développement urbain (MINHDU) a officiellement sollicité l’appui d’Expertise France pour élaborer une politique nationale de lutte contre l’insalubrité. Cet accompagnement s’est concrétisé par une assistance technique destinée à structurer durablement la gestion des déchets.
Le travail a abouti à quatre outils complémentaires : une Politique nationale, une Stratégie nationale, un plan de mise en œuvre et un plan de communication. Ensemble, ils traduisent les orientations des États généraux en une réforme structurée, avec une vision à l’horizon 2040, des actions, des responsabilités, des échéances et des indicateurs de suivi.
La Politique nationale s’organise autour de six axes : cadre juridique ; gouvernance et organisation institutionnelle ; professionnalisation des chaînes opérationnelles ; financement du service public ; économie circulaire et valorisation ; mobilisation de la société et changement de comportements.
Cette démarche a également reposé sur une concertation étroite avec les acteurs du secteur. Un groupe de travail multi-acteurs de 25 personnes, réunissant administrations, collectivités, opérateurs publics et privés, société civile et partenaires techniques et financiers, a accompagné l’élaboration des documents, complétée par deux consultations nationales des territoires.
Renforcer les capacités des collectivités pour passer à l’action
La réussite de cette réforme dépend aussi de la capacité des collectivités territoriales à planifier et piloter les services de gestion des déchets. Le projet a donc soutenu le renforcement des compétences des acteurs locaux.
Une formation consacrée à la « Collecte, gestion et valorisation des déchets » a été organisée avec le Programme national de formation aux métiers de la ville (PNFMV), à Douala, du 21 au 25 juillet 2025. Elle a réuni 48 participants issus des collectivités territoriales et d’autres structures locales.
Organisation de la collecte et du transport, solutions techniques, aménagement des décharges, filières de valorisation, plans de gestion et montage de projets : la formation a couvert les principales dimensions d’une gestion structurée des déchets.
La formation a permis une nette progression des connaissances évaluées : à l’issue des 5 jours, plus de trois réponses sur quatre étaient correctes, contre moins d’une sur deux au démarrage. Cette progression est particulièrement visible sur les filières de valorisation : 93 % des participants étaient capables d’en identifier au moins trois à la fin de la formation, contre 54 % avant celle-ci.
Expérimenter sur le terrain pour favoriser l’appropriation
La transformation des pratiques suppose également de mobiliser les citoyens. Le PUC a ainsi développé une démarche d’éducation fondée sur l’acquisition de compétences concrètes, plutôt que sur la seule sensibilisation.
Cette démarche a permis de concevoir un Guide national d’éducation et de mobilisation citoyenne et un Livret illustré de bonnes pratiques locales, articulés autour de neuf compétences : tri à la source, réduction du gaspillage, compostage, valorisation des biodéchets ou encore réduction des déchets.
Ces outils ont été expérimentés dans la commune d’arrondissement de Yaoundé 5, choisie pour la diversité de ses réalités urbaines. Entre novembre 2025 et mars 2026, 26 séances ont été organisées auprès de 18 comités de quartier et de huit établissements ou groupes scolaires.
« Ce que je retiens c’est la manière de faire le compost. Avant je le faisait mais je mettais tous mes déchets. Cet après-midi j’ai appris à sélectionner les déchets et faire le tri à la source. » Citation d’une bénéficiaire d’une action de sensibilisation.
Au total, 5 194 personnes ont été sensibilisées, dont 4 597 en milieu scolaire. La démarche a également impliqué 216 enseignants et 18 comités locaux. Des équipements ont été distribués par le projet pour accompagner la mise en pratique : 120 poubelles, six cages de tri et 28 composteurs.
L’expérimentation a surtout permis de tester les outils au plus près des territoires et d’identifier les conditions nécessaires à leur déploiement : adapter les messages aux réalités locales, disposer de points de collecte accessibles, assurer la continuité du circuit après le tri et renforcer les liens entre collectivités, communautés, pré-collecteurs et acteurs de la valorisation.
L’accompagnement d’Expertise France à travers la Plateforme urbaine établit ainsi un continuum entre cadre national, renforcement des acteurs locaux et expérimentation territoriale, au service de la feuille de route camerounaise pour une gestion plus durable des déchets urbains.