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Une enseignante engagée pour protéger les enfants de sa communauté des catastrophes
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Le Mozambique fait partie des pays les plus vulnérables au changement climatique et aux catastrophes d’origine naturelles : cyclones, inondations et sécheresses récurrents perturbent la vie des habitants et endommagent les infrastructures essentielles. Dans la province de Zambézie, les conditions météorologiques extrêmes menacent régulièrement les communautés et les écoles.
Au sein de la Regional Teachers Initiative for Africa (RTIA), un partenariat entre l’Union européenne, l’Union africaine, l’UNESCO et trois pays européens (France, Finlande, Belgique), Expertise France met en œuvre la Facilité de la RTIA. Son objectif : répondre aux défis de la pénurie d’enseignants en Afrique subsaharienne et améliorer la qualité de l’éducation dans ces pays via le développement d’assistance technique auprès des autorités nationales et le soutien à des de projets opérationnels et de recherche autour d’approches innovantes et leur mise à l’échelle. Expertise France soutient notamment 6 projets dans 6 pays visant à améliorer la formation et le bien-être des enseignants dans des contextes affectés par des crises (sécuritaires, climatiques ou politiques).
Au Mozambique, dans la région du Zambèze, l’ONG ADPP accompagne les enseignants et leurs communautés pour leur permettre de s’armer face aux catastrophes naturelles qui freinent l’accès à l’éducation pour une part importante des jeunes enfants.
Emilia Virgilio Francisco Fernando est enseignante en première année à l'école primaire Coroa de Namacurra, une ville de la province de Zambézie au Mozambique. Mère célibataire de quatre enfants et responsable de son neveu adolescent, Emilia a toujours dû faire preuve de résilience dans sa vie. Mais rien ne l'avait préparée au cyclone Freddy.
Ce qui a commencé par de fortes pluies dans la nuit du 24 février 2023 s'est rapidement transformé en une dévastation généralisée. Pendant trois jours consécutifs, des vents violents ont balayé les communautés, déracinant des arbres, détruisant des maisons et endommageant des écoles. À l'école primaire de Coroa, le toit des salles de classe a été arraché et le matériel pédagogique détruit. Les enfants ont fui avec leurs familles, se déplaçant d'un endroit à l'autre à la recherche d'un refuge. La famine s'est installée, les récoltes, le bétail et les réserves alimentaires ayant été perdus. Les prix ont triplé, les réseaux électriques et de communication se sont effondré. Tout à coup, la vie quotidienne s'est réduite à un unique but : satisfaire les besoins fondamentaux.
Chez elle, Emilia a été confrontée aux mêmes destructions que ses élèves. Une partie du toit a été arrachée alors que sa fille dormait juste en dessous. Les vêtements, les documents et la nourriture ont été trempés. Au-delà des dégâts matériels, le cyclone a laissé de profondes cicatrices émotionnelles, en particulier chez les enfants, qui avaient du mal à comprendre le danger et qui ont été traumatisés par la violence de la tempête.
Quelques mois après, Emilia a repris le chemin de l'école. Au-delà des leçons contenues dans les manuels scolaires, elle s'est efforcée d'apaiser les craintes de ses élèves et de les aider à se sentir à nouveau en sécurité. Comme beaucoup d'enseignants des zones rurales du Mozambique, très touchées par les effets du changement climatique, Emilia porte en elle l'espoir pour ses élèves et sa communauté, même si elle doit assumer seule le poids de responsabilités croissantes.
Emilia Virgilio Francisco Fernando enseigne en première année à l'école primaire Coroa de Namacurra, une ville de la province de Zambézie.
Natalia Jidovanu
Lorsque le cyclone Freddy a frappé en février 2023, des vents violents ont arraché le toit de l'école. Les livres, les bureaux et le matériel pédagogique ont été détruits. Les salles de classe sont restées vides pendant des mois, tandis que les enfants et les enseignants tentaient de se remettre sur pied.
Natalia Jidovanu
Les familles ont été contraintes de se déplacer d'une communauté à l'autre, éloignant les enfants de leurs salles de classe. Beaucoup d'entre eux ne sont pas retournés à l'école, déplacés par la faim et la perte de leur maison.
Natalia Jidovanu
Des quartiers entiers ont été défigurés. Des personnes ont été blessées ; des vies perdues. La maison d'Emilia a été endommagée lorsqu'une partie du toit a été arrachée. La nourriture et l'eau potable sont devenues rares, les prix ont triplé. Les familles ont survécu avec le peu qu'elles pouvaient trouver : parfois simplement de feuilles cueillies dans les arbres.
Natalia Jidovanu
Au fil des mois, les enfants sont progressivement revenus à l'école. Emilia s'est assurée qu'ils apprennent non seulement à lire et à écrire, mais aussi à se protéger des conditions météorologiques extrêmes en évitant les arbres, en trouvant des abris sûrs et en restant à l'intérieur.
Natalia Jidovanu
Le cyclone a laissé des traces profondes. De nombreux enfants sont revenus à l'école encore effrayés, ayant besoin de réconfort et de patience pour se sentir à nouveau en sécurité. « J'ai dû leur dire que le cyclone était terminé, qu'ils devaient oublier et ne pas garder ces souvenirs avec eux », explique Emilia.
Natalia Jidovanu
Chaque matin, Emilia est accueillie par de petites mains et des sourires radieux. « Mes élèves courent vers moi pour me serrer dans leurs bras », dit-elle, leur joie lui rappelant pourquoi elle revient sans cesse, malgré les tempêtes et les difficultés.
Grâce au projet « Renforcer la résilience et le bien-être des enseignants dans les zones sujettes aux catastrophes au Mozambique », mené par ADPP Mozambique avec le soutien de la Regional Teachers Initiative for Africa (RTIA), des enseignants comme Emilia sont désormais équipés pour aider les écoles et les communautés à résister aux catastrophes et à se relever. En renforçant les compétences des enseignants en matière de préparation aux catastrophes, de soutien psychosocial et de réponse aux crises, le projet contribue à garantir la continuité de l'apprentissage et la protection des enfants, même en cas de chocs climatiques répétés.
Natalia Jidovanu
La RTIA est financée par l’Union européenne et mise en oeuvre par Expertise France, EDUFI, Enabel, VVOB, APEFE, l’UNESCO et l’Union africaine.
Cette publication et son contenu relèvent de la seule responsabilité de l'auteur et ne reflètent pas nécessairement les opinions de l'Union européenne.
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