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L’économie bleue, un nouvel équilibre entre développement et préservation des océans
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Les écosystèmes marins et côtiers constituent le socle de nombreuses activités humaines.
Sur les côtes africaines, au lever du jour, plus de 12 millions de pêcheurs artisanaux prennent la mer. Leurs prises nourriront des communautés entières, alimenteront les marchés locaux et feront vivre des chaînes économiques entières.
Pourtant, ce potentiel reste encore largement sous-exploité, fragilisé par la surexploitation des ressources, la pollution, l’érosion côtière ou encore les activités illicites en mer. L’économie bleue apparaît ainsi comme un levier majeur pour concilier développement économique, inclusion sociale et préservation des écosystèmes. Expertise France s’y engage à travers plus de 30 projets.
En Afrique, les océans et leurs littoraux – près de 47 000km, contribuent à la sécurité alimentaire des populations et participent d’une économie génératrice de croissance et d’emplois. Mais cette manne implique en contrepartie une sécurisation des ports et des routes commerciales. L’approche « Économie Bleue » développée par Expertise France s’intègre pleinement dans les engagements du groupe AFD qui reconnaît l’océan comme un espace de vie et de développement en commun, et s’est fixé la mission de contribuer à restaurer l’équilibre entre la préservation de son bon état écologique et ses multiples usages par l’humanité.
Ces actions sont par ailleurs dictées par les engagements mondiaux pris dans le cadre du Pacte vert pour l’Europe, de l’Agenda de l’UE pour la gouvernance internationale des océans (2022) et de cadres dirigés par l’Afrique, tels que la Stratégie de l’Union africaine pour l’économie bleue.
Des écosystèmes au cœur des enjeux économiques et sociaux
Selon la Banque Mondiale, l’économie bleue génère en Afrique déjà près de 300 milliards de dollars par an et pourrait atteindre des niveaux bien supérieurs, avec un potentiel estimé à 57 millions d’emplois d’ici 2030.
Les écosystèmes marins et côtiers constituent le socle de nombreuses activités humaines. Véritables « poumons bleus » de la planète, ils jouent un rôle essentiel dans la régulation climatique, la production d’oxygène et le stockage du carbone.
En Afrique, leur importance est particulièrement marquée : dans certaines régions d’Afrique de l’Ouest, où vit environ un tiers de la population, près de 90% du commerce dédié au continent transite par voie maritime. Ces espaces sont donc à la fois des réservoirs de biodiversité et des moteurs économiques essentiels, soutenant la sécurité alimentaire, l’emploi et la résilience des territoires. L’intensification des activités humaines — urbanisation, transport maritime, pêche industrielle, exploitation des ressources — exerce une pression croissante sur ces écosystèmes.
Face à ces enjeux, la mise en place de modèles de gestion durables devient une nécessité.
Une approche environnementale intégrée pour réconcilier usages et conservation
L’économie bleue propose une réponse systémique à ces défis. Elle vise à concilier exploitation économique des ressources marines et préservation des écosystèmes, en intégrant les dimensions environnementales, sociales et économiques. Elle implique une transformation des modes de gouvernance, fondée sur des approches intégrées, multisectorielles et participatives, capables de répondre à la complexité des enjeux maritimes.
Dans ce contexte, Expertise France accompagne ses pays partenaires dans le développement d’une économie bleue à travers le programme WASOP (West Africa Sustainable Ocean Program), dans 13 pays du golfe de Guinée et d’Afrique de l’Ouest, où 55% du PIB régional est issu des activités liées à l’océan.
WASOP, lancé officiellement en novembre 2025 à l’occasion de la Cabo Verde Ocean Week tenue à Mindelo au Cap-Vert, entend ainsi répondre aux défis critiques tels que la pêche illégale, non déclarée et non réglementée, la perte de biodiversité, le changement climatique ainsi que les limites des cadres juridiques et institutionnels. La dimension holistique de ce vaste programme financé à hauteur de 59M€ par l’Union européenne, est de renforcer la gouvernance océanique, en particulier pour une pêche durable, promouvoir une économie bleue durable et inclusive et préserver les écosystèmes marins et côtiers, en lien avec les populations locales.
Expertise France est responsable de la mise en œuvre du pilier qui vise à soutenir le développement d’un cadre régional institutionnel, réglementaire et financier propice à l’essor de l’économie bleue durable. Dans ce cadre, WASOP travaille notamment avec la BOAD pour accélérer le développement de la finance bleue dans la région.
A titre, d’exemple, au Cap-Vert, une assistance technique « ports bleus / ports verts » est d’ores-et-déjà en cours afin d’assurer une bonne prise en compte des aspects environnementaux dans le cadre du chantier d'extension du Porto Grande de Mindelo, sur l’île de Sao Vicente.
Par ailleurs, un des objectifs est de sensibiliser au potentiel de l’économie bleue, et de soutenir la structuration et le développement de réseaux régionaux d’acteurs de l’économie bleue pour favoriser les partenariats public-privé.
Aux Comores, à Djibouti, au Kenya, à Maurice, à Madagascar, au Mozambique, aux Seychelles, en Somalie, et en Tanzanie, Expertise France met en œuvre, au sein du programme pour un Océan Indien occidental durable (SWIOP), des actions de préservation de la biodiversité marine, via une meilleure gouvernance des océans, et l’amélioration de la résilience des écosystèmes océaniques et de la séquestration du carbone bleu.
Concrètement, cela passe par une assistance technique aux pays bénéficiaires et à la Convention de Nairobi sur la planification de l'espace marin (MSP), les zones situées au-delà de la juridiction nationale (BBNJ), la gestion et la création d'aires marines protégées (AMP), mais aussi par des subventions accordées à des organisations de la société civile afin de sensibiliser le grand public à la conservation des océans, ou encore par le financement et le soutien de programmes et d'initiatives de recherche régionaux, notamment l'Association des sciences marines de l'océan Indien occidental (WIOMSA) pour l'apprentissage et la sensibilisation aux connaissances en sciences marines et côtières.
Sûreté, sécurité maritime, et transition bleue : des notions indissociables pour les ports africains
Parmi les dimensions clés de l’économie bleue, la question de la sécurité et de la sûreté maritimes occupe une place centrale. Les ports sont en effet des infrastructures stratégiques car ils concentrent une grande partie du commerce international, structurent les chaînes logistiques, et constituent des hubs économiques majeurs pour les territoires.
En Afrique, le fret maritime représente aujourd’hui 58 millions de tonnes de marchandises, et selon la commission de l’Océan Indien, plus de 90 % des importations et des exportations africaines transitent par la mer, et plusieurs des corridors commerciaux les plus stratégiques de la planète sont situés en Afrique.
Garantir leur sécurité, lutter contre les trafics illicites et renforcer les capacités de surveillance maritime sont donc des conditions essentielles pour assurer un développement économique durable et équitable.
Expertise France met en œuvre le projet SCOPE Africa (Securing Corridors, Ports and Exchanges in Western and Central Africa) dans l’objectif d’améliorer la connectivité intra-africaine et la sécurité et la sûreté des ports stratégiques d’Afrique de l’Ouest et du centre afin de faciliter le commerce et le transport pour un développement économique durable de la région. Le projet SCOPE Africa, d’un montant de 12M€, poursuit le travail mené dans le Golfe de Guinée par Expertise France, jusqu’en 2029 aux côtés de partenaires comme l’Association de gestion des ports d’Afrique de l’Ouest et Centrale (AGPAOC), l’Académie régionale des sciences et techniques de la mer d’Abidjan (ARSTM), la Regional Maritime University (RMU) ou encore le Réseau des Femmes Professionnelles Maritimes et Portuaires de l’Afrique de l’Ouest et du Centre (RFPMP-AOC) au sein de 10 ports : Praia (Cap-Vert), Dakar (Sénégal), Monrovia (Libéria), Abidjan (Côte d'Ivoire), Lomé (Togo), Lagos (Nigeria), Douala (Cameroun), Kribi (Cameroun), Libreville (Gabon) et Pointe-Noire (République du Congo).
Les autorités portuaires, mais aussi les services et agences liés au commerce portuaire, sont ainsi formés à la réglementation et à la gouvernance dans le respect des normes environnementales pour accroître la résilience climatique et environnementale des ports ciblés. Cette démarche vise notamment à améliorer la sécurité des marchandises, la prévention des risques et la gestion des crises, dans un contexte où les ports africains traitant chaque jour des matières dangereuses comme des carburants ou des produits chimiques (le port de Douala avait par exemple été victime de l’explosion de nombreuses voitures en 2025, paralysant les activités et polluant les environs par le dégagement de fumées toxiques).
Dans ce cadre, le projet adopte une approche structurée de renforcement de la résilience environnementale des ports ciblés, à travers l’identification des besoins, la réalisation d’études d’impact environnemental et la mise en place de dispositifs de suivi pour l’alignement de leurs pratiques sur les standards internationaux.
L’inclusion des ports de la façade atlantique africaine au cœur des corridors de transports et de commerce – Abidjan/Lagos ou Mombasa/Kisangani - passe par ailleurs par un renforcement académique des personnels et par une plus forte coordination régionale entre les pays du Golfe de Guinée, impliquant également des réseaux comme le RFPMP-AOC ; une visite d’étude en Europe s’est ainsi tenue en début d’année, avec la participation de 35 femmes professionnelles issues des ports européens et d’Afrique de l’Ouest et du Centre, en collaboration avec les projets SCOPE Africa et EnMAR. Cette visite a permis le partage d’expériences et de bonnes pratiques entre les professionnelles des principaux ports africains et européens, tout en favorisant le réseautage euro-africain.
En étroite synergie avec SCOPE Africa, le projet GSSP CALAO, d’une durée de 4 ans, concentre notamment son activité sur l'intégration économique le long des corridors Abidjan-Lagos (AL) et Abidjan-Ouagadougou (AO). Avec ENABEL et TradeMark Africa, la promotion d'une approche verte et inclusive intégrant l'égalité des genres et la résilience climatique fait figure intégrante du projet qui s’inscrit dans le cadre de la ZLECAf et au cœur de la CEDEAO, pour une meilleure intégration régionale.
Le projet WASOP soutient par ailleurs la mise en place du « Blue & Green Port Network », initiative structurante portée et incarnée par l’AGPAOC visant à fédérer un réseau d’acteurs engagés pour coopérer et partager les connaissances sur les meilleures pratiques en matière de gestion et d’exploitation portuaires. Il couvre 20 pays côtiers et insulaires et 24 autorités portuaires de la côte atlantique africaine de la Mauritanie à l’Angola, dont les ports gèrent environ 300 millions de tonnes de marchandises d'import-export maritime pour la sous-région.
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