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Ebola en RDC : « Le laboratoire est indispensable pour confirmer l’alerte et déclencher la riposte »
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À Kinshasa, le projet Laboh-Kin, mis en œuvre par Expertise France sur financement de l’Agence française de développement (AFD), contribue au renforcement des capacités des laboratoires et de la surveillance épidémiologique dans une ville-province stratégique, au carrefour des mobilités nationales.
Entretien avec le Dr Arouna Traoré, chef de projet Laboh-Kin, et le Dr Betty Mununga, responsable de la surveillance épidémiologique du projet
Alors que la République démocratique du Congo fait face à une nouvelle épidémie d’Ebola, les enjeux de surveillance, de diagnostic et de préparation aux urgences sanitaires reviennent au premier plan. À Kinshasa, le projet Laboh-Kin, mis en œuvre par Expertise France sur financement de l’Agence française de développement (AFD), contribue au renforcement des capacités des laboratoires et de la surveillance épidémiologique dans une ville-province stratégique, au carrefour des mobilités nationales.
Dans cet entretien, le Dr Arouna Traoré et le Dr Betty Mununga reviennent sur la situation actuelle, les risques pour Kinshasa, le rôle des laboratoires et la contribution des projets de renforcement du système de santé publique.
Comment qualifieriez-vous la situation actuelle liée à Ebola en RDC ?
Dr Arouna Traoré :
La situation est préoccupante. Cette épidémie a été déclarée alors qu’il y avait déjà eu une circulation communautaire et un certain nombre de cas contacts dans la population. Elle n’est plus cantonnée à une seule zone. Plusieurs provinces sont désormais concernées, avec des mouvements de population et des cas contacts identifiés dans différentes parties du pays, y compris jusqu’à Kinshasa.
Un autre élément important est que la souche responsable de cette épidémie n’est pas la souche Zaïre, pour laquelle des vaccins sont disponibles. Cela rend la maîtrise de l’épidémie plus complexe. Lors de précédentes épidémies liées à la souche Zaïre, les vaccins pouvaient être rapidement déployés pour protéger les personnes exposées, les contacts ou les équipes de riposte. Cette fois-ci, la situation est différente.
Il faut donc une mobilisation importante et rapide. Si la réponse n’est pas suffisamment coordonnée, la situation peut évoluer très vite.
Pourquoi Kinshasa fait-elle l’objet d’une surveillance particulière ?
Dr Betty Mununga :
Kinshasa est un hub national. La ville reçoit des personnes venant de toutes les provinces, par voie aérienne, fluviale ou routière. Même si l’épicentre de l’épidémie est situé ailleurs, Kinshasa n’est pas à l’abri d’une exposition ou d’une propagation rapide de la maladie.
Lors de la 16e épidémie d’Ebola, la Division provinciale de la santé avait déjà élaboré un plan de préparation. Ce plan est en cours d’actualisation dans le contexte de la 17e épidémie. Il doit permettre de renforcer la surveillance, notamment aux différents points d’entrée de la ville.
À ce jour, trois alertes ont déjà été signalées à Kinshasa concernant des personnes venant de provinces touchées. Certaines ont été levées après investigations et prélèvements. Une première alerte a été écartée après deux prélèvements négatifs, mais la personne reste suivie comme contact pendant 21 jours, correspondant à la période d’incubation de la maladie à virus Ebola. Une autre alerte est en attente du résultat d’un premier prélèvement.
L’enjeu immédiat est de renforcer les mesures de contrôle aux points d’entrée : aéroport, ports, zones de transit. Des outils de communication et de déclaration sanitaire des voyageurs doivent être partagés avec les zones de santé concernées, notamment pour les voyageurs venant des provinces touchées et dans le cadre des dispositifs de screening.
Il faut également renforcer les capacités des relais communautaires, qui font remonter les alertes, et celles des prestataires de soins, qui reçoivent les patients en première ligne et sont donc particulièrement exposés.
Dr Arouna Traoré :
Kinshasa présente un risque particulier en raison de sa densité populationnelle et de la promiscuité. Depuis les premières épidémies d’Ebola en RDC, Kinshasa n’a jamais connu d’épidémie majeure. Mais si la ville devait être touchée, la situation pourrait devenir très difficile à contrôler.
Pourquoi les laboratoires sont-ils si décisifs dans une crise Ebola ?
Dr Arouna Traoré :
Le laboratoire est indispensable. C’est le moyen essentiel pour confirmer ou infirmer l’existence d’une épidémie.
Les premiers symptômes peuvent ressembler à ceux du paludisme ou d’autres maladies courantes. On peut penser qu’il s’agit d’une grippe, d’une fièvre classique ou d’une autre pathologie. Mais lorsque les signes hémorragiques apparaissent, la situation devient déjà très critique.
Il faut donc que, dès qu’un cas suspect est identifié, un prélèvement puisse être réalisé rapidement et acheminé vers un laboratoire capable de produire un résultat fiable.
Dans une épidémie comme Ebola, le laboratoire permet de savoir à quoi l’on fait face. Il permet d’isoler les patients, de suivre les contacts, de protéger les prestataires de soins et de déclencher la riposte adaptée.
Mais tous les laboratoires ne disposent pas des plateaux techniques nécessaires, notamment en biologie moléculaire. Des technologies comme les laboratoires mobiles ou certains dispositifs de proximité permettent de détecter plus rapidement, mais encore faut-il disposer des bons réactifs ou des bonnes cartouches pour la souche concernée.
Si un laboratoire conclut trop tôt qu’il ne s’agit pas d’Ebola, parce que l’outil utilisé ne permet pas de détecter la souche en circulation, le système peut passer à côté de l’alerte.
Quels sont aujourd’hui les principaux défis pour le système de laboratoires ?
Dr Arouna Traoré :
Le premier défi est celui des laboratoires de proximité. On ne peut pas avoir des laboratoires partout, mais il faut organiser le transport des échantillons.
Depuis la zone où un cas suspect est identifié, il faut pouvoir prélever rapidement et acheminer l’échantillon dans un délai raisonnable. C’est un enjeu logistique majeur.
À Kinshasa, par exemple, les embouteillages, les distances et les difficultés d’accès à certaines zones peuvent ralentir l’acheminement des échantillons vers l’INRB ou vers les laboratoires disponibles. Dans d’autres provinces, les difficultés sont aussi liées à l’accessibilité géographique ou au contexte sécuritaire.
Il y a également des contraintes opérationnelles : disponibilité des intrants, équipements, qualité des prélèvements, capacité des laboratoires à exploiter les échantillons reçus.
L’INRB joue un rôle central comme laboratoire national de référence. Mais, jusqu’ici, beaucoup d’échantillons prélevés en périphérie de Kinshasa étaient directement envoyés à l’INRB, sans structure intermédiaire capable de l’appuyer. Cela crée des délais et une charge importante.
L’enjeu est donc de renforcer une filière de laboratoires capable de soutenir l’INRB et de rapprocher certaines capacités du terrain.
En quoi Laboh-Kin contribue-t-il à cette préparation ?
Dr Arouna Traoré :
Laboh-Kin contribue surtout au renforcement des capacités des acteurs de la surveillance épidémiologique de la ville-province de Kinshasa. Il ne faut pas dire que le projet agit à l’échelle nationale, mais son rôle est important dans les zones où il intervient.
La ville-province de Kinshasa compte 35 zones de santé. Laboh-Kin intervient dans six zones de santé, situées en périphérie, aux portes d’entrée de la ville. C’est stratégique, parce que Kinshasa est connectée à d’autres provinces et à Brazzaville.
Avant même d’arriver au laboratoire, Laboh-Kin a permis de renforcer le système d’information sanitaire et la remontée des données. Le projet a formé l’ensemble des 35 zones de santé de Kinshasa à la surveillance intégrée des maladies et à la riposte, selon l’approche SIMR 3 promue par l’OMS. Avant le projet, les prestataires n’étaient pas formés à cette approche stratégique.
Le projet a également contribué à mettre en place des équipes d’intervention rapide dans les zones de santé. Ces équipes peuvent investiguer une alerte, évaluer sa gravité, faire remonter l’information au niveau central et contribuer aux premières mesures de réponse.
Sur le volet laboratoire, les structures accompagnées étaient initialement des laboratoires de diagnostic hospitalier. Elles servaient les hôpitaux, mais n’étaient pas conçues pour jouer un rôle de santé publique. Avec Laboh-Kin, nous renforçons leur capacité à contribuer aussi à la surveillance et à la réponse aux événements de santé publique, en appui à l’INRB.
Dr Betty Mununga :
Ces laboratoires sont situés dans des hôpitaux généraux de référence, mais ils ne disposaient pas toujours du plateau technique attendu pour ce niveau. Avec l’appui de Laboh-Kin, certains examens qui n’étaient pas réalisés sur place pourront l’être dans ces structures.
Cela permet de renforcer la filière de laboratoires et de soulager l’INRB, qui porte une charge importante à l’échelle du pays. Lorsque tous les prélèvements doivent être envoyés à l’INRB, les délais de rendu des résultats peuvent retarder la déclaration d’une épidémie et le déclenchement de la riposte.
Peut-on dire que Laboh-Kin renforce la préparation face à des épidémies comme Ebola ?
Dr Arouna Traoré :
Oui, on peut dire que Laboh-Kin y contribue, surtout pour la ville-province de Kinshasa. Le projet renforce les capacités de surveillance, les équipes d’intervention rapide, la remontée des données et la capacité des laboratoires à jouer un rôle de santé publique.
Laboh-Kin a aussi appuyé l’actualisation du plan de contingence provincial. Chaque année, la province doit se préparer à différents événements : épidémies, catastrophes, inondations ou autres urgences sanitaires. Début juin, une nouvelle actualisation du plan de contingence 2026-2027 est prévue, en tenant compte du contexte de la nouvelle épidémie.
Cela permet à la province de disposer d’un cadre pour mobiliser les ressources et organiser la réponse si un événement majeur de santé publique survient à Kinshasa.
À l’échelle d’Expertise France, il faut aussi citer Resoh-Labo, au Sud-Kivu, qui s’inscrit dans la même logique de renforcement des systèmes de laboratoire et de la surveillance épidémiologique. Cette province est au cœur d’une zone très exposée aux épidémies. Le projet prévoyait notamment la construction d’un laboratoire provincial de santé publique, mais sa mise en œuvre a été affectée par la situation sécuritaire.
Dans ces deux cas, l’enjeu est le même : renforcer les capacités locales de surveillance, de laboratoire et de réponse.
Dr Betty Mununga :
Expertise France est aussi intervenue dans la prise en charge lors d’autres épidémies, comme le Mpox, le choléra ou la rougeole, notamment à travers des kits de prise en charge et des kits de prélèvement.
Sur Laboh-Kin, des stocks de médicaments ont également été constitués au niveau de la CAMESKIN, la centrale d’achat des médicaments. Ces stocks peuvent être mobilisés en cas d’urgence, en appui à la Direction provinciale de la santé, avant même que des moyens plus importants ne soient déployés par d’autres partenaires.
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