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IA : renforcer les alliances pour un développement équilibré
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En amont du Sommet mondial sur l’intelligence artificielle qui se tiendra à New Delhi les 19 et 20 février 2026, le groupe AFD a organisé un pré-sommet IA réunissant décideurs publics, chercheurs, entreprises, organisations internationales et acteurs de la société civile venus d’Afrique, d’Inde, d’Europe et de France.
Les 19 et 20 février 2026, l’Inde accueillera le « India AI Impact Summit », dans la continuité du sommet de Paris. Première édition organisée dans un pays du Sud global, cet événement incarne la volonté de décentraliser la gouvernance de l’IA et de promouvoir des approches plus sobres, inclusives et ancrées dans les réalités locales. Les trois piliers de ce sommet, qui vise à construire une IA responsable et durable, sont « People, Planet and Progress ».
Le pré-sommet organisé par le groupe AFD, qui s’est déroulée le 28 janvier au Mistral, s’inscrit dans une dynamique collective Europe-Inde-Afrique répondant à ces enjeux, dans un contexte de coopération croissante du Groupe AFD dans de nombreux pays africains en matières d’IA. Faire émerger une vision partagée d’une IA au service du développement durable, respectueuse des souverainetés numériques, des droits humains, des spécificités culturelles et ancrée dans les réalités des pays du Sud, telle était l’ambition de cette rencontre.
Une IA tournée vers le développement et les ODD
Dans son discours d’ouverture, Rémy Rioux, directeur général de l’AFD, a rappelé la vision du groupe : « L’IA peut être un outil de croissance économique et de productivité transformatif à l’échelle mondiale, à condition qu’elle soit encadrée, régulée et tournée vers les Objectifs de développement durable ».
Dans ce moment de recomposition du multilatéralisme et de réflexion sur de nouvelles architectures de l’aide au développement, l’IA apparaît comme un levier structurant, capable d’accompagner la reconstruction et la modernisation des politiques publiques. Dans ce contexte, il apparaît plus que jamais nécessaire de s’orienter vers des exigences fortes en matière de maîtrise des données, d’autonomie stratégique dans l’accès aux capacités de calcul & à l’énergie et de respect des droits fondamentaux. Rémy Rioux a par ailleurs a insisté sur l’importance de « garder l’Afrique au cœur des échanges sur l’IA », l’une des raisons d’être de ce pré-sommet.
Tout au long de l’événement, le groupe AFD a réaffirmé sa mobilisation collective sur cette thématique, à travers ses différentes filiales.
Expertise France, au cœur des stratégies IA pour le développement
Au cœur des échanges, Expertise France a été citée comme un acteur clé de l’accompagnement des États et de la coopération internationale en matière d’IA. Par exemple, avec le programme de coopération régional sur la Méditerranée, où notre agence appuie les gouvernements de cinq pays (Maroc, Egypte, Tunisie, Liban et Algerie) afin qu’ils puissent se positionner comme des pôles stratégiques en IA. Nous agissons en renforçant les capacités des structures locales pour soutenir l’émergence de startups à fort potentiel, tout en structurant une dynamique régionale autour de l’IA. En témoignent l’organisation du Forum annuel Méditerranéen de l’IA et la production d’un rapport stratégique de référence, co-dirigé par Cédric Villani et Lamiae Azizi.
La “troisième voie” de l’IA
Clara Chappaz, ambassadrice de France pour le numérique et l’IA, a souligné l’importance stratégique de la coopération franco-indienne dans le numérique, moteur d’une ambition commune : « construire une “troisième voie” de l’IA, au service d’une croissance durable, de l’intérêt général, du progrès social, respectueuse des spécificités culturelles et des langues ». Cette vision s’appuie notamment sur :
- des infrastructures souveraines et décarbonées,
- le soutien à la recherche et aux talents,
- des initiatives multilatérales comme la Coalition pour une IA durable et le programme Current AI, visant à démocratiser l’accès aux services d’IA.
Sanjeev Singla, ambassadeur de l’Inde en France, a rappelé que le sommet de New Delhi marque également un tournant symbolique fort, porté par les pays du Sud global : la reconnaissance de l’IA comme un bien commun social. Pour les pays émergents, l’enjeu de réside pas uniquement dans l’accès à la technologie mais dans l’accès à la capacité d’agir, d’innover et de co-créer.
« L’IA n’est pas seulement une question de technologies, mais une question de choix de société. Nous devons modeler une IA qui ne laisse personne de côté », a abondé Éléonore Caroit, ministre déléguée chargée de la Francophonie et des partenariats internationaux.
IA for Planet : des solutions sobres, locales et à fort impact
La séquence “IA for Planet”, animée par Henri Verdier (Fondation Inria), a mis en lumière des solutions concrètes conciliant innovation technologique, sobriété énergétique et adaptation au changement climatique, portées par des acteurs du Sud comme du Nord.
Parmi les initiatives présentées :
- Sotilma (Sénégal), dirigée par Adja Aminata Cissé Diop, développe des systèmes d’irrigation intelligents alimentés à l’énergie solaire, combinant capteurs, données météorologiques et IA pour une agriculture plus économe en eau ;
- CivicDataLab (Inde), cofondée par Gaurav Godhwani, propose des plateformes de données ouvertes pour anticiper les risques climatiques et améliorer la gestion des catastrophes naturelles en Asie du Sud-Est ;
Les échanges ont souligné une conviction partagée : l’IA utile pour le développement doit être locale, frugale et pensée à partir des usages, loin des grands modèles de langage énergivores.
IA for People : inclusion, talents et services essentiels
La séquence “IA for People” a mis l’accent sur l’inclusion sociale, la formation et l’accès équitable aux technologies, en particulier dans les secteurs de la santé, de l’éducation et de l’agriculture, des réponses à des besoins essentiels qui ne peuvent être développés que localement. Plusieurs initiatives emblématiques ont été présentées, comme Afrikanda, pour lutter contre le trafic de faux médicaments, Bibliothèques Sans Frontières, qui développe des solutions d’IA frugales et hors ligne ou encore Wadhwani AI, sur des cas d’usage concrets en santé publique et agriculture pour des populations peu connectées.
Coopération internationale – AI for Progress: passer du dialogue à l’action
La table ronde finale, animée par Cassilde Brenière et consacrée à la coopération internationale et à la manière dont la solidarité internationale en matière d’IA est un horizon de progrès, a rappelé l’urgence de transformer les échanges multilatéraux en actions concrètes.
Les discussions ont convergé autour de plusieurs priorités :
placer les pays émergents au cœur de la gouvernance mondiale de l’IA,
mutualiser les investissements dans les infrastructures numériques,
renforcer la coopération entre les secteurs publics et privés
soutenir les start-ups et l’innovation locale,
renforcer la formation, en particulier des jeunes
Lacina Koné, directeur général de l’alliance interétatique Smart Africa, a insisté sur le rôle à jouer des opérateurs de télécommunications, pour étendre la connectivité, mais aussi la volonté des pouvoirs publics. « Il s’agit de faire des choix, non pas de créer des murs. Nous pouvons concevoir une IA souveraine, qui nous parle ! », a-t-il plaidé.
Ce pré-sommet a posé quelques bases pour le développement d’une IA plus juste, inclusive et durable, dans laquelle la coopération entre l’Afrique, l’Inde et l’Europe est essentielle. Pour que l’intelligence artificielle ne reste pas une technologie maitrisée par quelques-uns, mais bien un accélérateur d’une transformation juste et durable, partout dans le monde.
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