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AMMi : répondre aux flux migratoires mixtes en Afrique de l’Est

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Atelier de travail à Djibouti, sur la vulnérabilité des migrants © Altaï Consulting

Objectif

Le projet AMMi vise à assister les États d’Afrique de l’Est dans leur réponse aux défis posés par les flux migratoires mixtes dans la région.
  • 6 M€
    BUDGET
  • 24/12/2015
    DEBUT DU PROJET
  • 36 mois
    DUREE

La Corne de l’Afrique comprend 8 pays : Djibouti, Érythrée, Éthiopie, Kenya, Somalie, Soudan, Soudan du Sud, Ouganda. Une région vaste et complexe régulièrement touchée par de graves crises sécuritaires, alimentaires ou encore des catastrophes naturelles. La prolifération des crises entraîne des déplacements massifs de population, pour la plupart forcés.

Fin 2016, plus de 10 millions de personnes relèvent du mandat du HCR en Afrique de l’Est, incluant réfugiés, demandeurs d’asile, déplacés internes, personnes de retour et apatrides. Parmi elles, 3,3 millions de réfugiés sont déplacés au sein de la région. L’Ouganda, l’Ethiopie et le Kenya sont les pays accueillant le plus grand nombre de réfugiés, avec respectivement 940 800, 791 600 et 451 100 réfugiés sur leur territoire.

On distingue 3 grandes routes migratoires depuis la Corne de l’Afrique :

  • la première vers l’Europe, la route de la Méditerranée centrale (à travers le Soudan, l’Egypte et la Libye),
  • la seconde vers les pays du Golfe via Djibouti et la Somalie,
  • et enfin, la troisième vers l’Afrique du Sud.

Ces routes ont évolués et continuent de changer au gré de facteurs externes tels que l’apparition de nouvelles crises l’évolution des politiques migratoires ou encore des modes opératoires des passeurs.

 

Quelques chiffres clés
 

  • 181 436 migrants et réfugiés sont arrivés en Italie par la mer en 2016, parmi lesquels 22% provenaient de la région Corne de l’Afrique (RMMS, 2016). Plus de 100 000 migrants sont arrivés par la même route durant les 6 premiers mois de l’année 2017. Les Soudanais et les Erythréens apparaissent parmi les 10 premières nationalités à emprunter cette route.
     
  • En 2016, au moins 117 107 nouvelles arrivées ont été enregistrées au Yémen (dont 83% d’Ethiopiens et 17% de Somaliens). La même année, 13 620 personnes ont fui les combats au Yémen pour rejoindre Djibouti, l’Ethiopie, la Somalie et le Soudan.
     
  • Le nombre de personnes quittant la Corne de l’Afrique pour rejoindre l’Afrique du Sud est estimé 14 750 - 16 850 par an (RMMS, 2016).

Sur les routes migratoires, les migrants sont exposés à de nombreuses menaces et violations de leurs droits. Ils sont ainsi susceptibles de subir des violences physiques et sexuelles, des actes de torture, de xénophobie, des enlèvements, l’extorsion de fonds, l’exploitation ou encore la soif et la faim pouvant les conduire jusqu’à la mort.

Compte-tenu de l’ampleur du phénomène, des enjeux que soulèvent ces mouvements de population, et de l’urgence de la situation, plusieurs initiatives ont vu le jour. Parmi elles, le Processus de Khartoum, initié en novembre 2014, a pour objectif de promouvoir la coopération entre les pays le long des routes migratoires d’Afrique de l’Est vers l’Europe à travers le dialogue, l’engagement et des actions concrètes.

Dans le cadre du Processus de Khartoum, la Commission européenne finance le projet Addressing Mixed Migration Flows in East Africa (AMMi). Mis en œuvre par Expertise France, ce projet est destiné à soutenir les efforts des Etats est-africains pour améliorer la gestion des flux migratoires et renforcer le lien entre déplacements forcés et développement.

Un projet qui s'inscrit dans le cadre du Processus de Khartoum

Initié en janvier 2016, le projet régional AMMi a pour objectif d’assister les 10 États d’Afrique de l’Est - Djibouti, Egypte, Erythrée, Ethiopie, Kenya, Ouganda, Somalie, Soudan, Sud Soudan et Yémen - dans leur réponse aux défis posés par les flux migratoires mixtes.

Les flux migratoires mixtes désignent les flux de personnes qui migrent pour différentes raisons mais partagent les mêmes trajectoires, moyens de transport et embarcations. Les flux mixtes peuvent inclure des réfugiés, des demandeurs d’asile, des victimes de la traite d’êtres humains, des apatrides et des enfants non accompagnés ou séparés de leur famille, ainsi que d’autres migrants en situation irrégulière.

Financé par l’Union européenne à hauteur de 6 M€ (ICD-GPGC), ce projet régional s’inscrit dans le cadre du Processus de Khartoum, qui vise à renforcer la coopération entre les pays d’origine, de transit et de destination sur la route migratoire Corne de l’Afrique - UE.

Le projet s’articule sur trois axes de priorités :

  • Création et renforcement de centres de réception et d’information destinés aux migrants
     
  • Soutien à la lutte contre le trafic et la traite de migrants via une meilleure coordination et gestion des données relatives
     
  • Soutien aux institutions djiboutiennes pour mettre en œuvre un plan de réponse national relatif à la protection des mineurs non accompagnés sur le territoire national

Les actions menées dans le cadre du projet

 

Création et renforcement de centres de réception et d’information destinés aux migrants
 

Le projet AMMi vise à protéger la sécurité et la dignité des personnes à travers un meilleur accès à des services et informations de qualité le long des routes migratoires. Expertise France, en partenariat avec l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) et le Conseil danois pour les réfugiés (Danish Refugee Council - DRC), contribue au renforcement des centres pour les migrants au Soudan (Khartoum), à Djibouti (Obock), et en Somalie (Bosasso and Hargeisa).

Les principales activités prévoient :

  • La mise en place d’équipes mobiles de protection pour informer les migrants, identifier les personnes vulnérables, fournir les premiers soins de base, référencer les cas.
     
  • La rénovation des centres avec l’installation de panneaux solaires, l’équipement de nouvelles salles.
  • L’amélioration des systèmes de collecte et de gestion de l’information des centres pour l’enregistrement et l’identification des vulnérabilités et besoins spécifiques.
     
  • La formation et sensibilisation des équipes travaillant au sein des centres et des autorités nationales impliquées dans la gestion des migrations.
     
  • Les campagnes de sensibilisation pour informer les migrants, et les communautés hôtes des risques liés à la migration irrégulière et des conditions le long des routes.

 

Soutien à la lutte contre le trafic et la traite de migrants via une meilleure coordination et gestion des données relatives
 

  • Pilotage des ateliers consultatifs
     

Durant la phase préparatoire, une étude conduite en partenariat avec le Regional Mixed Migration Secretariat (RMMS) dresse un état des lieux des données disponibles sur les migrations et les réseaux criminels liés à la migration irrégulière dans les pays cibles. Cette étude a donné lieu à la réalisation de 10 rapports-pays.

Expertise France a ensuite piloté, fin 2016, des ateliers consultatifs avec les autorités des pays partenaires, pour présenter les résultats des recherches préliminaires et identifier conjointement les besoins prioritaires de formations. Sur la base des informations collectées durant la phase préparatoire, et validées par les autorités des pays partenaires, l’agence a développé et dispensé une formation régionale en mai 2017.
 

  • Création d’un réseau régional de professionnels
     

Les activités conduites ont permis à Expertise France d’initier la création d’un réseau régional de professionnels impliqués dans la lutte contre la traite et le trafic d’êtres humains, facilitant ainsi les échanges d’informations et la coopération régionale.

Pour poursuivre la dynamique enclenchée, Expertise France a souhaité impliquer activement les experts est-africains dans les prochaines activités permettant ainsi de valoriser l’expertise nationale, de favoriser les échanges de pratiques et de privilégier des situations d’apprentissages contextualisées.
 

  • Organisation d’une formation régionale
     

Une première formation régionale a été organisée par Expertise France à Debre Zeit (Ethiopie), du 14 au 19 mai 2017, durant laquelle se sont retrouvés 28 représentants des forces de l’ordre et des institutions judiciaires de sept pays de la région.

 

Cette formation a permis aux participants de mettre l’accent sur le rôle primordial de la coordination et du partage d’informations entre entités publiques en charge de la lutte contre le trafic et la traite de migrants. Au cours de cette semaine de formation, des experts publics européens, issus du corps des Carabinieri, de la gendarmerie nationale française et de la police nationale française, ont pu partager avec les participants des méthodes et des techniques d’investigation auprès de leurs homologues est-africains.
 

  • Organisation de formations spécifiques
     

En 2018, Expertise France organisera des formations spécifiques par pays ou binationales, qui seront développées en étroite collaboration avec les formateurs nationaux ayant bénéficié du programme de formation de formateurs de septembre 2017.

Suite à ces formations, des échanges de pairs à pairs seront organisés entre Etats partageant des enjeux et des frontières communes, ceci dans le but de renforcer les liens de coordination et opérationnels pour répondre de manière transfrontalière à un problème transfrontalier.

 

Crédit photo : Altaï Consulting